NUISETTE UTOPIE
 
Nous sommes en nuisette, en pagne, en pyjama,
nos costumes de scène sont au placard depuis des mois,
concerts déprogrammés, spectacles annulés,
trop de rimes en é, fades et asséchées.
 
Et puisque cela dure, puisque le vacarme des chiffres
remplace et censure la couleur des musiques,
puisque l’étendard de la santé étend l’art sous le pavé,
nous resterons en nuisette encore plusieurs semaines.
 
Mais qu’on ne s’y trompe pas : chaque jour nous travaillons,
nous affûtons nos rimes, nous aiguisons nos armes.
Nous : chanteuses, musiciennes, poétesses et écrivaines
défendrons nos passions sans fard ni maquillage.
 
Dans ce silence forcé, nous plongeons en nous-même
nous enlevons les couches ambitieuses et bavardes
nous revenons au souffle, nous écoutons les arbres
nous creusons des sentiers pour danser en secret.
 
Nos micros sont éteints mais nos oreilles écoutent
le silence mortifère des étoiles en plastique
et la glace qui fond requiem antarctique.
Alors nos convictions s’affûtent et s’arc-boutent.
 
Si l’on nous interdit de chanter en plein air
de jouer dans les rues, de livrer nos poèmes
nous plant’rons dans la terre d’authentiques pamphlets
des mousses d’utopies contagieuses et intègres.
 
Si l’on nous interdit de jouer sur les scènes
de brancher nos micros, nos sonos et nos câbles
nous organiserons des festins de rêves
d’espoirs et de combats autour d’une simple table.
 
Si tous ces interdits ne cessent d’être dictés
par des technocrates qui détruisent les ressources,
qui courent vers le profit en se moquant de tous,
Alors nous cesserons de les écouter.
 
Et nous désobéirons.
 
Nous deviendrons sorcières, sauvages et guerrières
nos mots seront nos lances, nos rimes seront nos armes
Nous poserons partout des théâtres éphémères
nous embrasserons l’art en nuisette ou en pagne.
 
Nous lancerons nos voix pour étreindre la vie
nous frapperons le sol pour honorer la mort.
Nous serons poésies, nous tresserons les âmes
nous embraserons tout en nuisette ou en pagne.
 
Nous serons amazones prêtes à couper nos seins
pour mieux pointer nos flèches vers un nouveau destin.
Et nous viserons dans le mile.
Parce qu’il n’y a pas d’autres choix,
pas d’autres chemins, aucune autre cible
que celle d’offrir à nos enfants
un monde qui chante
une rivière pure
une terre vivante
et fertile.
 
Résister c’est créer.
Créer c’est résister.
 
Texte : Murielle Holtz
 
Photo: Compagnie Les Arts Oseurs

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