on a pris le maquis
d’abord un sentier long comme toute une vie
une mue à venir, une peau à défaire
puis un tournant, un deuxième; trois épingles plus tard
la vue soudain devint époustouflante
 
on pris le maquis
ça fait deux jours, deux mois ou bien une décennie,
armés de clous, de pneus, de diplômes et de pommes
de pioches, de mioches, de graines de moutarde
on a mouché nos nez et relevé les manches
 
on a pris le maquis
trouvé une place près d’une borne à incendie
plongé nos doigts dans les herbes sèches et bleuies
et dessiner des flèches en direction d’ailleurs
on sait quand on arrive, jamais quand on repart
 
on a pris le maquis
pour planter des maisons sous les arbres tordus
et traverser l’bartas sur une larme d’orage
pour manger le soleil en tranches ou en rondelles
et mélanger souvenirs avec de la terre glaise
 
on repris le maquis
pour mieux s’débarasser de toutes nos vieilles pelures
et sous la roche nue et friable, des racines,
des lianes, des bouquets de calcaire, des sources
de fins copeaux de bois, d’origan, de thym frais
 
on a pris le maquis
déserté les paquebots, les fusées, les usines
quitté navires, institutions et industries
pour s’arrimer ensemble aux prochains ouragans
démêler à mains nues les nœuds d’affranchissement
 
ça va tanguer, chauffer, chahuter, chavirer
faudra tout désosser, les us et les bitumes,
planter plantain, amarante, topinambours
redessiner couleurs, les régions et les courbes
 
faudra écrire beaucoup et se suffire d’un rien
et ça sera pas facile, mais puisqu’on n’a plus rien
rien d’autre que nos mains, nos souffles, nos lunes, nos cris
pour faire danser collines, épines et poussières
on reprendra le maquis, les forêts, les cascades
pour devenir marquis.es des terres solidaires
percer la croûte grise à grands coups d’ambassades
de plans d’irrigations et de quelques chansons.
Tu viens ?
 
– le maquis –
– août 2022 –

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